République française - Ministère des sports Fédération agréée par
le Ministère des Sports
Les actualités du CNSF Lire le manifeste

5 septembre 2016 : Interview de Jean-Pierre Clavier, professeur des facultés de droit, cofondateur du Conseil National des Supporters de Football, administrateur d'À la nantaise et tête de liste aux élections de la Fédération Française de Football qui auront lieu en mars 2017

Dans la perspective des élections à venir à la FFF, vous conduisez la première liste qui se lance dans la course. Il semble s'agir d'une démarche plutôt atypique puisque cette liste est composée de supporters. D'où vient cette initiative ?

Les récents scandales touchant la FIFA ont mis en lumière la grande opacité du football mondial. En France, nous observons que les supporters sont constamment mis à l'écart de tous les débats qui rythment l'actualité du football alors que ce sont les seuls acteurs qui peuvent apporter davantage de transparence et de citoyenneté car ce sont les seuls acteurs désintéressés de ce sport. L'entre-soi et l'opacité doivent cesser. Les instances du football français, qui agissent dans le cadre d'une délégation de service public, doivent assumer leur responsabilité sociétale.

Vous envisagez sérieusement de remporter les élections ?

Notre victoire ne dépendra pas de notre score final, les choses se joueront bien plus tôt. D'ailleurs je peux déjà vous dire le chiffre que nous réaliserons en mars : il sera autour de 0%, grosse modo...

Pour quelle raison ?

Les statuts de la Fédération sont rédigés de telle manière que les supporters peuvent se présenter aux élections mais ne peuvent pas voter. Le droit de vote est réservé aux présidents de ligue et de district, ce qui démontre une absence totale d'ouverture et de démocratie dans le fonctionnement de la FFF. L'objectif de notre liste est d'être omniprésent dans les débats (notamment dans les débats médiatiques) pour que la question de l'implication des supporters en faveur d'une démocratisation de la vie du football français soit prise en compte par l'ensemble des candidats, et particulièrement par celui qui gagnera. Si le futur président de la Fédération intègre certaines de nos idées dans son programme, alors nous aurons gagné !

C'est une liste de lobbying...

Oui, mais de lobbying positif. Nous ne sommes pas là pour animer des polémiques mais pour être force de proposition et pour créer des relations constructives avec l'ensemble des candidats. La médiatisation de notre démarche va nous permettre de promouvoir efficacement les valeurs qui sont les nôtres : celles de la transparence, de la citoyenneté et du dialogue avec toutes les parties prenantes du football. Ces valeurs sont présentées dans notre manifeste « pour un football responsable et transparent », déjà signé par plus de 11 000 supporters représentant près de soixante clubs de football. Notre objectif est d'atteindre les 100 000 signataires pour que la légitimité de notre liste ne puisse en aucun cas être contestée. Cette liste n'est pas une liste de l'élite mais une liste du football populaire : les membres qui la composent, tous licenciés, sont ceux qui font vivre tous les jours ce sport que nous aimons. On ne pourra plus nous ignorer.

Quel est l'esprit de cette liste ?

Nous sommes des responsables d'associations de supporters venant des quatre coins de la France et de toutes les divisions. Nous sommes des experts comme des lambda, tous profondément attachés à ce sport et déterminés à défendre des principes éthiques. Nous sommes des gens d'horizons divers, de toutes générations, de toutes catégories sociales, avec un point commun : nous voulons promouvoir la bonne gouvernance du football et nous voulons que nos propositions soient prises en compte.

Estimez-vous que le dialogue vous est refusé ?

Jusqu'ici, oui, et cela a incité le Conseil National des Supporters de Football a passer par la voie législative : nous avons initié le dépôt d'une proposition de loi dont certains articles ont été adoptés par le Parlement en mai dernier. Ce travail législatif, réalisé en bonne intelligence avec le Secrétaire d'Etat aux sports Thierry Braillard, a permis de modifier le code du sport et a fait en sorte que les supporters, pour la première fois en France, sont désormais reconnus comme des acteurs essentiels du football. Par ce biais, des acquis inédits sont d'ores et déjà obtenus.

Lesquels ?

Par exemple, une instance nationale du supportérisme va se mettre en place durant l'automne, sous l'égide du ministère des sports, pour qu'une représentation organisée des supporters puisse enfin créer les conditions du dialogue avec les pouvoirs publics et avec les autorités du football. Nous allons poursuivre ce travail en initiant à nouveau le dépôt d'une proposition de loi en faveur de la représentation de tous les acteurs du football - dont les supporters ! - dans le comité exécutif de la FFF et dans le conseil d'administration de la LFP. Pour autant, nous considérons que les avancées ne doivent pas passer uniquement par la voie législative : cela doit se faire naturellement, grâce au dialogue... En présentant une liste aux élections, nous souhaitons initier une nouvelle approche, basée sur le dialogue avec les décideurs.

Les avez-vous rencontrés ?

Nous avons été reçus le 2 septembre dernier par Didier Quillot, nouvel homme fort de la LFP, et par Guy Cotret, président de l'Union des Clubs Professionnels de Football. Nous allons rencontrer bientôt Bernard Caïazzo, président de Première Ligue. Les choses bougent, les portes s'ouvrent. Nous avons également observé que la FFF commence à parler de manière positive des supporters, alors que ce sujet était jusqu'ici totalement sous-traité. Ces nouveautés, qui sont le fruit de la mobilisation des amoureux de ce sport, nous réjouissent et nous incitent à poursuivre nos efforts.

Après Didier Quillot, Guy Cotret et Bernard Caïazzo, pensez-vous que Noël Le Graët va lui aussi accepter ce dialogue que vous préconisez ?

Nous l'avons informé de notre démarche qui se veut positive et nous avons sollicité récemment une entrevue. S'il sait s'imprégner des valeurs qui nous animent au point d'intégrer nos propositions dans son programme, nous saurons saluer ces avancées comme il se doit. Ce sera gagnant-gagnant.

Quel est votre calendrier ?

La médiatisation commence dès maintenant. Le 30 septembre, nous organiserons les « Assises du Supportérisme » au Palais du Luxembourg. Ouvert par le Secrétaire d'Etat aux sports, cet événement accueillera les responsables des instances nationales du football et sera ouvert à tous afin que l'on puisse présenter nos travaux au grand public. Ensuite, nous organiserons des ateliers partout en France pour construire notre programme de manière collective, avec toutes les associations et tous les supporters qui souhaitent se mobiliser. En termes de démocratie, de responsabilité et de transparence, le football français part d'une page blanche. Nous la remplirons tous ensemble.